Il est des lieux qui dépassent leur simple géographie pour habiter l’imaginaire collectif. Pour le Japon et bien au-delà, le Mount Fuji en est l’exemple parfait. Sacré, majestueux, changeant au fil des saisons et des heures, il a inspiré des générations d’artistes de Katsushika Hokusai aux artistes contemporains. C’est dans cette continuité que s’inscrit ma série 36 clics du Mont Fuji, un projet photographique et poétique né au Japon et mûri au fil de ma quête visuelle.
Une série née d’une rencontre avec l’histoire
L’idée de 36 clics m’est venue en revisitant le chemin d’Hokusai et ses Trente-Six Vues du Mont Fuji. Ces estampes, réalisées il y a plus de deux siècles, ne sont pas de simples représentations : elles traduisent une manière d’habiter le paysage. Je me suis demandé : et si j’arpentais ce territoire avec mon regard d’aujourd’hui ?
Je ne cherchais pas à reproduire Hokusai, mais à dialoguer avec son héritage. Chacune des 36 photographies est un moment singulier, une tentative de renouveler le regard sur un sujet que l’on croit connaître. Photographier le Fuji, c’est accepter qu’il soit à la fois universel et intime.


Une approche instinctive et sensible
Au Japon, j’ai volontairement évité les points de vue iconiques. Plutôt que de suivre un itinéraire précis, j’ai marché, observé, attendu. Je voulais me laisser surprendre par la lumière et par cette relation silencieuse entre le paysage et l’appareil photo.
Le Mont Fuji apparaît puis disparaît, souvent voilé de brume, parfois d’une netteté presque irréelle. Il m’a appris l’humilité : certaines images exigent de la patience, d’autres surgissent en quelques secondes lorsque ombre et lumière s’accordent. Chaque clic est une rencontre brève, imprévisible.

Technique au service de la vision
La technique n’a jamais été une fin en soi, mais un outil au service de l’émotion. Pourtant, pour cette série, l’usage du Fujifilm GFX100S II a été déterminant.
Son capteur moyen format de 102 mégapixels m’a permis de restituer une précision exceptionnelle. Face à un sujet aussi épuré que le Fuji, chaque détail compte : la texture de la neige, les strates volcaniques, les nuances subtiles du ciel. Cette résolution offre une profondeur d’image immersive, où le regard peut circuler librement sans perdre en finesse
La colorimétrie a été essentielle. Les bleus d’un matin d’hiver, les gris argentés d’un ciel couvert ou la chaleur d’un crépuscule conservent une justesse et une densité proches du ressenti sur place.
La plage dynamique du GFX100S II a également joué un rôle clé. Photographier le Fuji signifie souvent composer avec des contrastes marqués : un sommet lumineux face à une plaine sombre, un ciel orageux aux hautes lumières intenses. La capacité du capteur à préserver matière et subtilité dans les ombres comme dans les zones claires m’a permis de rester fidèle à l’atmosphère réelle, sans compromis.
Pour la majorité des images, j’ai travaillé avec le FUJIFILM GF 100-200mm F5.6 R LM OIS WR. Ce téléobjectif m’a permis de composer avec précision et de simplifier les lignes du paysage. En isolant certaines parties de la montagne ou en comprimant les plans entre le Fuji et son environnement, j’ai pu créer des images plus graphiques. Cette distance visuelle révèle des relations subtiles entre les formes, les nuages et les éléments du paysage, offrant une lecture différente du mont Fuji.
Lignes entre mémoire et paysage
Les 36 clics ne sont pas seulement des paysages. Ils sont mes interprétations d’un lieu qui traverse les siècles, des estampes d’Hokusai à nos écrans contemporains. Le Fuji semble immuable, mais la lumière, les saisons et la présence humaine transforment sans cesse son visage.
À travers cette série, je cherche à montrer que le paysage est une conversation entre l’histoire et le présent, entre le photographe et le spectateur. Chaque image tente de retenir une lumière, de fixer un instant dans le flux du temps.


Une série pour redécouvrir
Avec les 36 clics du Mont Fuji, je souhaite partager bien plus qu’un lieu : une manière de regarder. Être attentif, accepter l’attente, laisser la lumière écrire l’image.
Peut-être est-ce là l’essentiel : revenir vers un symbole que l’on croit figé et y découvrir, encore, une nouvelle façon de voir.
